Courir le matin à jeun pour sécher ?



Les lecteurs de revues traitant de l'entraînement (quelle que soit la discipline) auront sans doute déjà entendu parler des prétendus bienfaits d'une activité physique à dominante cardio (généralement la course à pied) pratiquée le matin à jeûn en vue de sécher, et surtout de sécher plus vite.

L'idée de départ est la suivante : cette activité survient après une longue période de jeûne (la nuit), elle est donc réalisée alors que les reserves énergétiques musculaires et hépatiques (glycogène) sont sensées être au plus bas, le corps n'ayant d'autre source énergétique que les graisses de reserve, il va les utiliser en grande quantité.

Méfiance ! Cette pratique est non seulement inefficace mais peut même s'avérer dangereuse sur le plan de la santé :

Elle est en effet inefficace pour le sportif accompli dont la période de jeûne (mais également d'inactivité !) nocturne n'a engendré qu'une infime dégradation de ses importants stocks glycogéniques. L'essentiel de l'energie consommée par l'organisme pendant la nuit (75% environ) provenant en fait de la lipolise (dégradation des acides gras par l'intermédiaire du cycle de Krebs) du fait de l'activité réduite au stricte minimum (fonctions de base uniquement).

Elle est dangereuse pour le non-sportif qui a toutes les chances de se trouver en hypoglycémie (baisse du taux de sucre sanguin pour arriver à un niveau inférieur 0.7 grammes par litres de sang et provoquant malaises et/ou syncope) après quelques minutes d'effort et dramatique pour le diabétique qui s'ignore.

Il est important de rappeler que l'essence même de cette méthode est sans fondement puisque l'utilisation des graisses de reserve par l'organiqme (lipolise aérobie) requiert la pésence d'acide pyruvique, lui même issu de la dégradation du glucose. En clair, pas assez de glucose sanguin freine la dégradation des lipides à l'effort.

De la dégradation de quel substrat provient alors l'energie dont le corps va se servir dans ces conditions ? La néoglucogénèse permet la fabrication de glucose à partir des acides aminés musculaires (c'est le cycle alanine-glucose). Clairement, ce sont donc vos muscles que vous allez perdre (catabolisme) ...

Enfin, il est toujours préférable afin de se préserver d'éventuelles blessures et également de retrouver une réelle efficacité à l'effort (coordination, geste technique, efficacité des filiéres énergétiques, proprioception, ...) de laisser à l'organisme le temps d'effectuer son réveil musculaire (environ 3 heures après le lever).